Société d’Histoire d’Yerres  


Quand on parle à Yerres de la Mare Armée, chacun voit à peu près de quoi il s’agit, pour les uns, le quartier près du château du maréchal de Saxe, anciennement dénommé château de la Grange du Milieu, l’ancienne ferme et sa mare tout à côté, l’école maternelle pour d’autres. Mais que revêt réellement cette dénomination. Nous nous sommes efforcés de résoudre cette énigme.

La Mare Armée

Par Jacques BRINGUEZ

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Aujourd’hui, que représente la Mare Armée ?
C’est tout d’abord un quartier de Yerres dénommé Grosbois-Mare Armée-Sablière. C’est également le nom de l’école maternelle qui y est située.
C’est aussi une Association Syndicale Libre (ASL) du domaine de la Mare Armée qui regroupe les différentes copropriétés de pavillons qui se trouvent bâtis sur ce terrain.
C’est enfin un ensemble singulier bâti sur une parcelle bordant le château du maréchal de Saxe d’un côté, l’ancienne ferme de la Grange reconvertie aujourd’hui en un ensemble de quelques commerces et restaurants, de l’autre et d’un petit centre commercial dénommé Les Arcades.
Pourquoi une telle dénomination ?
Notre curiosité est tout d’abord attirée par le fait que sur toutes les publications écrites de la ville, toutes les appellations de cet endroit portent systématiquement une majuscule sur chaque mot, laissant ainsi penser que ce n’est pas nécessairement la mare qui est armée. Nous utiliserons cette orthographe dans notre propos.
Nous nous sommes donc attachés à rechercher si et pourquoi une Mare se trouvait à cet endroit, quel est le lien avec une éventuelle Armée ou dépôt d’armes ou si l’appellation armée ne recouvre pas simplement un sens premier tel que fortifiée, réparée, consolidée, protégée.
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Quartier de la Mare Armée Château de la Grange du Milieu, dit “du maréchal de Saxe”
Quelles ont été nos sources de recherche ?
Nous avons tout d’abord et assez naturellement contacté la mairie de Yerres qui devrait connaitre la raison pour laquelle ce nom a été donné aussi bien à un quartier qu’à une école de la ville. Nous avons donc contacté l’élue à l’urbanisme Mme Laetitia Dorot ainsi que le président du conseil de quartier M. Didier le Coz.et bien entendu M. Olivier Clodong, maire actuel et M. Nicolas Dupont-Aignan, son prédécesseur.
Nous avons consulté les archives municipales pour vérifier sur plans les dénominations de cette parcelle, sise dans l’ancien bois de la Grange.
Nous avons également consulté les dossiers de création du lotissement des différents pavillons regroupés au sein de l’ASL Mare Armée, et les actes notariés précisant la nature des terrains précédant la construction de l’ensemble immobilier des Hameaux à la Française ainsi que leurs éventuelles dénominations.
Au-delà de la ville de Yerres, nous avons consulté les archives de la SAHAVY (Société Art, Histoire et Archéologie de la Vallée de l’Yerres), ainsi que le musée Robert Dubois-Corneau à Brunoy.
Enfin nous nous nous sommes rendus aux archives départementales à Chamarande, ainsi qu’au SHD (Service Historique de la Défense à Vincennes) pour les aspects militaires.
Mare-2 Mare-3
Photo de la mare vers 1900 Photo de la mare vers 1910
De quels documents disposons-nous à ce jour ?
Mare-1 Mare-6
Jules Michelin : Eau-forte de la mare, 1868 Aquarelle de la mare, 1890
Quelles sont alors les différentes hypothèses pour cette dénomination ?
Première hypothèse
Il est avéré, écrits et nombreuses photos à l’appui, qu’il a bien existé pendant un long moment une mare jouxtant la ferme de la Grange et étant sur le domaine de ce qu’on dénomme aujourd’hui Mare Armée. On pourrait donc simplement imaginer que progressivement dans le temps on a intégré le fait que cette mare, retenue d’eau artificielle spécialement créée pour des usages domestiques et agricoles tels que stockage d’eau pour les cultures, abreuvement des animaux, viviers à poissons, mare à canards se soit vu accoler le terme d’armée, parce que, devenant parfois boueuse, malodorante, mal entretenue, elle ait eu besoin d’être épurée, aménagée, régulée, voire réparée, cimentée, consolidée. C’est ainsi qu’on peut imaginer une mare non pas laissée à l’abandon, mais armée dans le sens des précisions apportées plus avant.
Deuxième hypothèse
D’après Alain Senée et André Bourachot, de la Société d’Histoire de Yerres, il est tout à fait probable que ce toponyme soit lié aux événements de la guerre de la Fronde autour de 1650.
La Fronde est effectivement documentée dans l’histoire locale, notamment dans cet article d’octobre 2016 « La guerre à Yerres et dans le Val d’Yerres » où le sujet est abordé. Mais il serait nécessaire de vérifier dans des documents de cette période la mention de Mare Armée de manière irréfutable, car comme précisé plus avant, un plan daté de 1810 (Fonds Napoléon Gourgaud - archives municipales), mentionne la parcelle actuellement dénommée Mare Armée en Bois de la Grange. Donc cette dénomination ne daterait apparemment pas de la période de 1650.
Néanmoins, Alain Senée précise qu’il a trouvé des traces du chemin des Lorrains dans les villages voisins situés à l’est : Villecresnes Cercay Brunoy., en évoquant la dénomination de Camp de César, faisant penser à des zones fortifiées. Ce qui aurait donc pu être le cas de la Mare Armée.
Troisième hypothèse
Nous le rappelions précédemment, le château du Maréchal de Saxe dont la Mare Armée est un espace très proche a été bâti entre 1617 et 1635. Rappelons ici que, selon le site Web, la première mention du Domaine de la Grange date de de 1389. Il constituait alors un vaste bois défriché par une communauté religieuse parisienne. Vers 1581, une ferme fortifiée y fût élevée.
Ce serait notre troisième hypothèse. L’époque royale affectionnait particulièrement la chasse à courre. >Robert Dubois-Corneau la décrit bien dans son ouvrage.
Des étapes constituaient fréquemment des relais de chasse fortifiés (donc "armés"). Le point d’arrivée de ces chasses serait le château de la Grange.
La Mare Armée de cette époque pouvait donc recouvrir plusieurs éléments : d’abord une mare où les animaux pouvaient se désaltérer après l’effort, mais aussi un relais de chasse fortifié pour mettre à l’abri les chasseurs, et enfin un endroit spécialement aménagé pour attirer et pratiquer la chasse sur le site.
Mais aucun écrit, aucun document d’époque ne cite ce toponyme Mare Armée.
Conclusion
Nous ne privilégions aucune de ces trois hypothèses, mais il est vrai que l’historique de la présence d’une mare, voire de plusieurs à cet emplacement semble la plus probable.
Si certains Yerrois ont une autre interprétation ou des documents attestant de cette toponymie, ils seront accueillis avec grand intérêt.

Jacques BRINGUEZ, 15 Février 2026